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Vous voulez être impressionnés par notre monde sauvage ? La forêt d'Ébo au Cameroun continue de faire émerger les merveilles.

By Global Wildlife Conservation on April 30, 2020   duration 8 min read

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Global Wildlife Conservation (GWC) changed its name to Re:wild in 2021

Avec des chimpanzés casseurs de noix, une population inattendue de gorilles et une douzaine de nouvelles découvertes de plantes, cette forêt africaine menacée est un paradis de recherche riche.

Des années avant que le biologiste camerounais, Dr Ekwoge Abwe, ne devienne le premier expert mondial en matière de chimpanzés du Nigéria-Cameroun, il a fait une découverte qui a propulsé sa carrière : un groupe de chimpanzés dans les arbres de la forêt d'Ébo au Cameroun utilisant de la pierre et du bois pour casser des noix afin de les manger. Au cours de ses recherches, Abwe a également découvert que ces chimpanzés d'Ébo « pêchent » les termites, ce qui fait d'eux les seuls chimpanzés connus au monde pour leur capacité à casser les noix et à pêcher les termites.

Le mentor d'Abwe, la biologiste Dr Bethan Morgan, a fait une découverte tout aussi étonnante dans la forêt d'Ébo en 2002, qui l'a liée pour toujours à cet endroit spécial. Au cours d'un voyage en 2002 dans la forêt d'Ébo pour étudier les drills (un singe à queue courte lié aux babouins et aux mandrills), Morgan s'est réveillée un matin dans sa tente au son indubitable des battements de poitrine de gorilles - dans une forêt où les gorilles n'avaient jamais été enregistrés scientifiquement, bien que les habitants savaient qu'ils s'y trouvent. Elle a passé les 30 minutes suivantes à dévaler une vallée escarpée et montagneuse pour se rendre à la source du son. Et puis ils étaient là : un groupe de gorilles jusqu'alors inconnus de la science.

« Nous étions avec les gorilles pendant environ deux heures et je me suis dit que personne ne va y croire », dit Morgan, qui est responsable du programme Afrique Centrale du Zoo de San Diego Global. « Je ne crois toujours pas vraiment que cela se soit produit.  C'était honnêtement comme trouver un pot d'or. C'est l'une des rares choses dont je pense que je me souviendrai sur mon lit de mort ».

Un gorille dans la forêt d'Ébo sur une photo de piège photographique (Crédit photo du San Diego Zoo Global)

Ces types de découvertes surprenantes sont devenues l'une des caractéristiques les plus incroyables de la forêt d'Ebo, en plus de son  riche patrimoine culturel, distinguant ce qui est l'une des dernières forêts intactes en Afrique Centrale et de l'Ouest comme centre de recherche internationalement reconnu pour les universitaires et étudiants, et un laboratoire naturel irremplaçable pour en savoir plus sur notre faune et la demeure que nous partageons avec elle.

« Chaque fois que nous emmenons un autre groupe de personnes d'une autre discipline dans la forêt, vous voyez juste un tout nouveau monde s'ouvrir », explique Abwe, qui est stagiaire postdoctoral en développement durable de la population au San Diego Zoo Global et responsable du Projet de Recherche de la Forêt d'Ébo. « C'est époustouflant ».  Chaque fois que les gens y vont, ils trouvent quelque chose de nouveau. Et plus nous continuons d’y aller, plus nous continuerons de faire de nouvelles découvertes ».

Distinctions de recherche

En 2003, Morgan a publié un article dans International Journal of Primatology sur la population de gorille nouvellement découverte. Parce que ces primates vivent géographiquement entre deux sous-espèces de gorilles occidentaux - les gorilles de Cross River et les gorilles des plaines de l’Ouest - certains chercheurs suposent que les gorilles d'Ébo peuvent constituer une nouvelle sous-espèce distincte, ce qui en ferait la cinquième sous-espèce au monde et la troisième au Cameroun.

En 2006, Morgan et Abwe ont publié un article dans Current Biology sur les chimpanzés casseurs de noix, qui sont les plus menacés des quatre sous-espèces de chimpanzés au monde. Depuis lors, Abwe a mené plusieurs études sur l'adaptation locale des chimpanzés ainsi que leur adaptation aux paysages modifiés par les humains. Les petits villages établis dans la forêt d'Ébo des centaines d'années auparavant ont laissé des peuplements de palmiers à huile que les chimpanzés de cette partie de la forêt utilisent pour faire leurs nids et se nourrir lorsque d'autres sources ne sont pas disponibles. De cette façon, Abwe a découvert des différences culturelles au sein de la population de chimpanzés, façonnées par les humains, qui pourraient aider les chercheurs d'autres endroits à mieux comprendre les types d'effets - mauvais et bénéfiques - que les êtres humains peuvent avoir sur les habitats fauniques.

Éléphant de forêt dans la forêt d'Ébo sur une photo de piège photographique. (Crédit photo: San Diego Zoo Global)

 

La forêt d'Ébo représente la moitié de la zone clé pour la biodiversité de Yabasi, ce qui en fait un site d'importance mondiale pour la santé globale de la planète et la persistance de la biodiversité. En plus de la plus grande population de chimpanzés du Nigéria-Cameroun et d'une petite population de gorilles, elle abrite plus de 300 espèces d'oiseaux, des grenouilles goliath mesurant 30,40 cm, des éléphants de forêt, l'une des deux populations restantes de colobe bai de Preuss en Danger Critique d'Extinction, et représente le plus grand potentiel de survie à long terme des drills au Cameroun.

Elle est également considérée comme le lieu le plus important au Cameroun pour la recherche botanique, selon les botanistes qui y mènent 1 à 2 enquêtes chaque année et ont découvert et publié au moins 12 espèces végétales nouvelles pour la science, dont beaucoup sont en voie de disparition et endémiques à cette forêt. Ces plantes comprennent une étrange plante trifide ainsi qu'une petite herbe à fleurs blanches qui pousse sur les rochers d'un lit de rivière à courant rapide dans la forêt.

« La forêt d'Ebo est très riche en espèces végétales rares, et constitue donc une destination unique pour la recherche botanique», explique Dr Xander van er Burgt, conservateur et agent de terrain pour le Royal Botanic Gardens de Kew, au Royaume-Uni, qui y mène des enquêtes régulières. « Certaines de ces espèces végétales ont été collectées par un botaniste, mais de nombreuses espèces n'ont même jamais été vues par les scientifiques ».

Les botanistes de Kew et d'autres botanistes à Bekob. (Crédit photo: San Diego Zoo Global)

Toutes ces recherches riches, cependant, ne sont que le début du dévoilement de ce que la forêt d’Ébo a à enseigner au monde. De nombreuses parties de la forêt nécessitent des études botaniques intenses. Les chercheurs doivent poursuivre les enquêtes  sur les oiseaux pour mieux comprendre cette communauté qui a accès à la fois aux forêts de plaine et aux habitats sub-montagneux. Et très peu a été fait pour observer les primates nocturnes, les petits mammifères, les chauves-souris, les amphibiens et les reptiles qui y vivent.

« Il y a encore beaucoup à apprendre de la forêt d'Ébo », explique Abwe. « Malgré tout le temps que nous y avons passé, nous rencontrons toujours de nouvelles espèces et des choses que nous n'avons jamais vues auparavant. Il y a tellement de connaissances dans cette forêt qui doivent être apportées au monde extérieur ».

Un avenir incertain

Pendant des années, le Gouvernement du Cameroun à tous les niveaux a incroyablement soutenu les efforts de recherche dans la forêt d'Ébo, en délivrant des permis de recherche et même en collaborant dans l’élaboration du Plan d'Action de conservation des chimpanzés du Nigéria-Cameroun en 2011, qui a révélé Ébo comme l'un des bastions de l'espèce. Pourtant, au cours des derniers mois, le Gouvernement a annoncé son intention de créer deux concessions forestières à long terme dans la forêt d'Ébo, qui détruiront tout l'habitat des gorilles, nivelleront la partie ouest de la forêt où les chimpanzés cassent des noix et pourraient détruire les sources de nourriture pour les animaux avec régimes alimentaires spécifiques, comme le colobe bai de Preuss.

Mise en place de pièges photographiques dans la forêt d'Ébo.  (Crédit photo: San Diego Zoo Global)

Le Groupe de spécialistes des primates de l'UICN SSC et sa Section des grands singes ont signé cette semaine une lettre au Premier ministre camerounais, lui demandant de suspendre le processus, d'inclure les perspectives locales et d'initier un processus inclusif et transparent afin d'explorer toutes les options pour l'utilisation des terres et la gestion des ressources naturelles à l'intérieur et autour d'Ébo.

Vue de la forêt d'Ébo (Photo par Daniel Mfossa, San Diego Zoo Global)

« La forêt d'Ébo est un endroit phénoménal, une nature sauvage unique et irremplaçable qui peut nous enseigner l'histoire de notre planète, notre relation avec la nature et l'évolution des cultures de nos cousins, les grands singes », explique Dirck Byler, Directeur de la conservation des grands singes de Global Wildlife Conservation et Vice-Président de la Section des grands singes du Groupe de spécialistes des primates de l'UICN SSC. « Le Cameroun a toujours soutenu la recherche scientifique dans la forêt d'Ébo, nous espérons donc qu'il deviendra désormais un leader mondial en montrant au reste du monde que la gestion durable de ces types d'endroits peut être bénéfique sur les plans économique, culturel et scientifique ».

Et pour des chercheurs comme Abwe et Morgan, qui comprennent bien en quoi la forêt d'Ébo est un endroit spécial, la protection de cette forêt ainsi que de ses habitants n'est pas un luxe, mais une nécessité.

« La forêt d'Ébo est essentielle pour les communautés qui en dépendent, cruciale pour la faune qui y vit et fait partie du riche patrimoine naturel du Cameroun », a déclaré Morgan. «J'irais plus loin et dirai qu'Ébo a façonné ma carrière ainsi que celle d'Ekwoge ». « Elle a complètement façonné nos vies. Et nous espérons qu'elle continuera de le faire pour les générations futures de chercheurs dans les décennies à venir ».

(Photo du haut :  Photo d'un drill, Crédit photo : San Diego Zoo Global)

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Global Wildlife Conservation

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